Secteur informel: Une étude est lancée pour traiter ce « fléau »

Secteur informel: Une étude est lancée pour traiter ce

Khider Larbaoui

Les secteur informel continue à parasiter l’économie nationale et les efforts tendus vers la réhabilitation de l’appareil de production. Avec une dimension équivalent à 45 % du produit national brut et une circulation de capitaux liquides se rapprochant de 40 milliards de dollars, un tel secteur- si tant est que le terme de « secteur » puisse être usité dans ce cas de figure- se pose en concurrent déloyal du peu d’économie structurée du pays et se pose comme un obstacle majeur à la réalisation de la transition vers une économie de production. Autrement dit, l’économie informelle tient à exploiter au maximum ce qui reste des marges de la rente, après que cette dernière eut été rognée de plus de la moitié de son volume au cours de ces deux dernières années suite à la chute des cours du pétrole.

 

L’ensemble des acteurs opérant dans l’informel, se constituant en ramifications et groupes réticulés, en sont arrivés, et cela depuis au moins deux décennies, à se s’ériger en foyers de   lobbying, se mettant au travers de toutes les initiatives allant dans le sens de la modernisation de l’économie algérienne, aussi bien dans les différentes tentatives d’instaurer l’obligation d’utilisation de chèques (en 2007, en 2011, puis en 2015). Les années passent, les grosses fortunes se constituent à l’ombre de la rente- sans pouvoir en tirer un sou pour revigorer le budget de l’Etat, y compris dans le contexte actuel des vaches maigres- et la traçabilité techniques des produits écoulés (avec les risques de santé pour le consommateur et les risques d’accidents domestiques ou industriels lorsqu’il s’agit de pièces de rechanges ou d’appareils électroménagers ou industriels).

 

Au début des années 2000, le président avait envisagé une étude sur ce phénomène économique et social, à confier à un organisme étranger. Le projet a été, par la suite abandonné. Pour les gestionnaires de l’économie nationale, le secteur de l’informel ne semblait pas poser des problèmes graves ou complexes, tant que l’argent coulait à flot, tant que le pouvoir d’achat était artificiellement sustenté et tant que le budget de l’Etat dégageait des excédents qui le situaient au-dessus du besoin. En outre, même à vouloir lui « déclarer la guerre », la bataille demeure incertaine du fait des enchevêtrements des intérêts impliquant mêmes de hauts responsables de l’administration publique. C’est pourquoi, les activités informelles ne faisaient que s’accroître au fil des ans. On a estimé, au milieu des années 2000, que ce secteur employait jusqu’à 1,6 million de personnes et qu’il croissait de 8 % par an. Au ministère du Commerce, on estime que, en 2012, le nombre d’employés de l’informel était d’environ 3,9 millions, soit 45,6 % de la main-d’œuvre totale, agriculture exclue.

 

Aujourd’hui, avec le recul des revenus pétroliers, l’Etat semble focaliser l’attention sur tous les gisements à même de générer des recettes budgétaires. Si le secteur informel pouvait être « domestiqué » dans l’immédiat, il serait d’un apport indéniable. Chose qui ne paraît pas couler de source pour le moment. Les deux outils- bancarisation de l’argent liquide de l’informel et l’emprunt obligataire- que l’Etat a mis en branle en 2015 et 2016 afin de drainer les fonds de l’informel, en constituant même une épargne interne, n’ont pas donné de résultats probants. Le « dégel », en matière de confiance entre les opérateurs de l’informel et les pouvoirs publics, tarde à se produire.

 

C’est dans ce contexte de « dialogue de sourds » que l’Etat, à travers le ministère du Commerce, a décidé, au début du mois en cours, de lancer une étude sur l’économie informelle, et ce, en partenariat avec le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD), avec l’appui du Programme des Nations-unies pour le développement (PNUD). Le ministre du Commerce par intérim, Abdelmadjid Tebboune, dira de cette initiative qu’elle est « l’entame d’une réflexion objective et profonde autour de la problématique de l’informel qui a pris des proportions alarmantes sur la sphère économique nationale », en ajoutant que l’économie informelle « est considérée comme un obstacle majeur pour la promotion de la production nationale dans le processus de la diversification économique amorcé par le gouvernement, qui représente une option fondamentale du développement du pays ».

 

L’étude en question est censée, d’après ses concepteurs, réunis en atelier au début du mois de mars, permettre « de mieux connaître l’économie informelle dans ses différentes dimensions (financement, production, commercialisation, emploi), de cerner et de quantifier son impact sur l’économie nationale afin d’élaborer une stratégie adéquate pour lutter contre ce phénomène ». Il s’agit, explique Tebboune, de « faire émerger des solutions opérationnelles pour le traitement de ce fléau ».

K.L

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