Restauration des terres de montagne: Le pari d’un développement bien négocié

Restauration des terres de montagne: Le pari d’un développement bien négocié

Par Amar Ait Messaoud

L’érosion des sols de montagne, la fragilisation des talus de routes qui tombent en lambeaux boueux sur la chaussée dès les premières pluies de printemps, les inondations des agglomérations situées en aval de massifs montagneux, la perte de la valeur agrologique des sols dans les zones agricoles et l’envasement des barrages et retenues collinaires, tendent à devenir des fléaux chroniques dont la raison commune demeure la perte du couvert végétal (déboisement) en raison de plusieurs facteurs anthropiques dont les plus connus sont les incendies, les défrichements et les mauvaises pratiques aratoires (labours dans le sens de la pente).

Le dérèglement du régime des eaux, suite à la disparition du couvert végétal, montre ses effets les plus patents sur les terrains déclives (en forte pente), où se produisent différents types d’érosions: en nappes, linéaire, en griffes (ou rigoles). Les villes algériennes situées au pied des massifs montagneux, même éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres de la source d’écoulement des eaux, ont bien connu, au cours de ces dernières années le phénomène de la montée du niveau des eaux dans les cours passant par les quartiers ou situés en périphérie, jusqu’à inonder des maisons, des bâtiments, des routes et des places publiques. Le phénomène se trouve combiné et amplifié, depuis quelque temps, avec la gestion approximative des canalisations, avaloirs, regards d’égouts, et par les centaines de tonnes de déchets, détritus et gravats qui obstruent le moindre passage naturel des eaux de pluies. À cela s’ajoutent naturellement les constructions anarchiques, qui font fi des règles primaires d’urbanisme de façon à boucher tous les conduits pluviaux.

Déforestation 

Après les années de feu et de sang de la décennie 1990, la perte du couvert forestier, particulièrement sur les monts de l’Atlas tellien a été aggravée par la dilapidation des terrains forestiers par les défrichements, préludant des occupations illégales se matérialisant par des constructions ou des mises en culture, souvent en céréales. Devant la gravité du phénomène des pertes des terres de montagne, les pouvoirs publics ont, dès la fin des années 1990, conçu des programmes de restauration de terres de montagne (RTM), comprenant des reboisements, la fixation mécanique de berges, les corrections torrentielles et la réhabilitation des anciens réseaux de banquettes et gradins, réalisés pendant les années 1960/70 par l’ancien Office national des travaux forestiers (ONTF) sur les monts des Beni Chougrane, de l’Ouarsenis, de l’Atlas blidéen, du Titteri, des Bibans,…etc.

Stabiliser les populations, stabiliser le sol 

Plusieurs autres programmes se sont succédé ou juxtaposés, particulièrement depuis le début des années 2000, et bénéficiant de financements diversifiés: plans sectoriels de développement inscrits à l’indicatif de l’administration des forêts, fonds du ministère de l’Agriculture et du développement rural, financement du Haut commissariat au développement de la steppe (HCDS), cofinancements avec le FIDA et la Banque mondiale,…etc. L’on a eu ainsi affaire à une floraison de projets et…d’acronymes (PPDR, PPDRI, PPLCD, PER 1 et 2,…etc. Les actions sur le terrain ne sont pas limitées aux plantations forestières ou aux ouvrages de corrections torrentielles. Elles se sont étendues à toutes les interventions faisant partie du développement local et visant à stabiliser les populations et à améliorer leurs revenus.

Il s’ensuit que la stabilisation du sol, afin de limiter ou juguler son érosion, doit se réaliser avec la stabilisation des ménages et des populations au niveau de leurs foyers et de leurs propriétés. Autrement dit, il a été établi le constat que l’un des facteurs de dégradation du milieu forestier, donc de la déstabilisation du sol, est la pauvreté des ménages ruraux habitant dans les zones de montagne. Dans ce sens, réduire la pauvreté équivaut, du moins en partie, à réduire les agressions contre les milieux naturels, et singulièrement le couvert végétal dont la rhizosphère maintient la stabilité du sol et dont le biovolume et la densité régularisent le régime de l’écoulement des eaux.

La restauration des terres de montagne constitue actuellement un des axes majeurs de la recherche en aménagement du territoire et en agronomie. En Algérie, outre l’enseignement assuré dans les université inhérent à ce chapitre important de la protection des sols, des stages réguliers ont été assurés aux étudiants et même aux fonctionnaires du ministère de l’Agriculture dans certaines universités étrangères.

Puis vint l’austérité budgétaire 

Actuellement, les programmes portant sur la restauration des terres de montagne sont souvent réservés aux bassins versants de barrages hydrauliques. C’est là une grande priorité, particulièrement lorsqu’on considère les investissements colossaux que l’Etat a consenti pour la réalisation des grands ouvrages hydrauliques (barrages). Un grand nombre de bassins versants de ces barrages ont bénéficié des études d’aménagement financées par l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT).

Il en est ainsi du deuxième plus grand barrage du pays, Koudiat Acerdoune (d’une capacité de 640 millions de M3), dont 85 % du bassin est situé dans la wilaya de Médéa. Le reste revient à la wilaya de Bouira. Cependant, la mise en application de ces études poses d’énormes problèmes pratiques sur le terrain, du fait que la majorité de terres relèvent du statut privé. Les propriétaires adhèrent difficilement aux politiques du « tout-reboisement ». C’est pourquoi, l’administration des forêts a introduit d’autres actions, relevant du développement rural dédié directement aux ménages: plantations fruitières, principalement par l’olivier, plantations de brise-vents, de haies vives, d’espèces fourragères,…etc. L’adhésion, plus ou moins affichée par les agriculteurs et les populations riveraines à cette diversification des activités, a été malheureusement « bousculée » par la réduction des financements induite, au cours de ces deux dernières années, par l’austérité budgétaire instaurée par le gouvernement suite au recul drastique des recettes extérieures du pays.

A.N.M