Relance économique: la part de l’Université et de la recherche scientifique

Relance économique: la part de l'Université et de la recherche scientifique

Par Amar Nait Messaoud

 
La production industrielle et sa cartographie de répartition sur le territoire nationale, les clusters de la sous-traitance et des filières connexes, ainsi que la jonction avec l’enseignement universitaire et la recherche scientifique, ont été les éléments clefs de l’argumentation du ministre de l’Industrie et des Mines, Abdessalem Bouchouareb, avancés dans une allocution donnée au début du mois de mars, en faveur de la réindustrialisation du pays. Ces grands principes de l’économie industrielle, peuvent-ils acquérir, dans l’immédiat, crédibilité et force probante, lorsqu’on considère l’état dans lequel se trouvent la chaîne de sous-traitance (pièces détachées, par exemple) et la relation de la recherche universitaire avec le monde de l’industrie et le champ économique en général? Sans verser dans un inutile pessimisme, cette équation, qui fait l’honneur et la puissance de la logique de la production industrielle sous d’autres latitudes, n’est pas encore dotée des clefs de sa résolution, d’autant plus que les éléments la constituant pâtissent, chacun dans la sphère qui est la sienne, de grands retards et de certaines faiblesses rédhibitoires.
 
Est-ce un hasard le fait que le ministre du Commerce, Abdelmadjid Tebboune, ait épargné, dans la liste de produits devant subir des restrictions sur le plan de l’importation, les produits d’équipement, les pièces détachées et tous les semi-produits concourant à la fabrication ou au montage industriels? C’est que les taux d’intégration, aussi bien dans la construction automobile que dans d’autres créneaux, demeurent terriblement faibles. Même les produits agricoles et d’élevage obtenus localement verraient une grande partie d’entre eux remis en cause, si on arrêtait l’importation des intrants (semences, produits phytosanitaires, vaccins, aliment de bétail, machines agricoles,…) qui font partie du processus de production. En d’autres termes, l’option de la nouvelle géographie de la production industrielle, telle qu’elle est portée aux nues aujourd’hui, mettra du temps à se consolider et à prouver sa pertinence si les différents segments qui la composent ne sont pas pris en charge dans l’immédiat.
 
Parmi les segments vitaux, indispensables à toute relance industrielle, l’injection du savoir, de l’encadrement managérial et de la recherche scientifique. Ici, il y a lieu de relativiser fortement l’apport de ce qui est appelé le transfert de technologie, du moins avec la manière dont cet apport était envisagé au milieu des années 2000, dans le cadre d’un partenariat avec l’étranger (IDE) réduit à la portion congrue. Le transfert de technologie est devenu presque un mythe, confirmé par moult illusions et de désenchantements qui ont ponctué le destin de ce vocable. Avec l’inanité de la politique industrielle des années passées- on a même assisté à un processus de désindustrialisation depuis la fin des années 1980-, le potentiel scientifique des universités algériennes a même profité aux pays industrialisés, via le départ massif des cadres, enseignants et étudiants en fin de cycle vers des cieux jugés plus « cléments ». Il semble que la « générosité » d’un transfert de savoir technique, inscrit en tant que clause dans certains contrats liant notre pays avec des partenaires étrangers, est acceptée par ces derniers souvent en tant que  »ruse de guerre » tendant à obtenir le marché, avec des propositions alléchantes en matière de transfert technologique.
 
Il serait, sans doute, pure chimère que des entreprises étrangères, sans contrainte réglementaire bien suivie sur le terrain, daignent faire passer leur savoir-faire et leur technicité aux travailleurs du pays où elles ont obtenu des marchés ou des opportunités d’investissement. Le cas contraire signifierait que ces entreprises chercheraient à scier la branche sur laquelle elles sont assises, à savoir le monopôle du savoir et de la technicité. Si les ouvriers algériens acquéraient les techniques d’entretien des stations de dessalement, les modalités de réalisation des viaducs ou des tunnels et l’art de poser les rails des nouveaux trains à grande vitesse, que deviendraient les ouvriers des entreprises étrangères traditionnellement  partenaires de notre pays? Ils augmenteraient les chiffres du chômage dans leur propre pays.
De rares exceptions à cette règle, froide et lucrative, existent, même si elles ne font pas le printemps. Il en est ainsi de la société italienne SAIPEM qui a pu former des ouvriers algériens spécialisés en soudure de gazoducs, avec délivrance d’une attestation de réussite reconnue à l’échelle internationale. D’autres expériences sont en train d’être menées dans ce sens avec des partenaires turcs, belges et allemands.
 
Dans la perspective de la relance industrielle et de la diversification économique de manière générale, les analystes tablent sur les espoirs d’un encadrement national des entreprises algériennes, à partir de la source naturelle du savoir qu’est l’Université. L’ouverture de l’économie algérienne sur le monde de l’entreprise- même si elle se fait d’une manière timide- est censée s’accompagner, selon les managers de ces unités et selon aussi l’avis des experts, de la capitalisation des résultats de la recherche scientifique et de la mise à niveau technique. Reste à l’Université de s’adapter à la réalité du champ économique et de jeter de fertiles passerelles avec ce dernier, en orientant la recherche vers des créneaux bien ciblés. Dans un contexte de compétitivité de plus en plus accrue, dont la plus grande partie est générée par les franchises douanières issues principalement de l’accord d’association avec l’Union européenne, il serait suicidaire de maintenir le statu quo actuel des entreprises, que ce soit sur le plan managérial ou sur le plan de l’innovation technique et technologique.
 A.N.M