Produits agricoles: Les défis de la sécurité alimentaire et de la diversification de l’offre

Produits agricoles: Les défis de la sécurité alimentaire et de la diversification de l'offre

Khider Larbaoui

Le renchérissement qui touche les produits agricoles frais ou conditionnés, depuis la fin 2016, peine à trouver ses justifications de la part des officiels. Ces deniers ont toutes les difficultés du monde  à convaincre les consommateurs de condition modeste avec des arguments-bateaux qui renvoient toujours la balle entre les mains de joueurs « invisibles » (intermédiaires, mandataires, grossistes,…) qui se disputent le marché. Ce type de dysfonctionnement a fini par prendre un caractère chronique, puisque son scénario a été déjà mis en scène pendant la période de l’embellie financière et pendant aussi les moments de dèche caractérisé par la contraction des recettes pétrolières.

 

Néanmoins, parmi les éléments cruciaux et stratégiques que la crise actuelle a rapidement en exergue, celui de la facture alimentaire revêt un caractère particulier. L’inflation générale ayant affecté les produits de consommation- un taux proche de 6%,- est alimentée en grande partie par le rehaussement des prix des produits alimentaires. Autrement dit, le poids de ce type d’inflation sur le budget des ménages est direct et déterminant. Le dossier est si sensible que l’Etat, malgré sa volonté ferme, dans le contexte de la crise des finances publiques, de mettre un terme aux subventions- du moins telles quelles sont consenties et mobilisées jusqu’ici- demeure hésitant et indécis.

 

La facture alimentaire à l’importation a atteint, avant la crise de la bourse des hydrocarbures, une moyenne de 10 à 12 milliards de dollars, sans compter les intrants agricoles, y compris les semences, concourant à la réalisation de ce qu’on appelle le produit national. Dans un discours public qu’il a lu à la télévision au début des années 1990 en sa qualité de Premier ministre, Belaïd Abdessalem avait dénié le caractère « national » au poulet de chair, en énumérant les tous les éléments d’importations qui servent à sa production et à son entretien (aliment, vaccin, batterie,…). Signe des temps qui se figent, un quart de siècle après, les Algériens demeurent confrontés aux mêmes données. Il n’y a de changement que dans davantage de complexité d’une mondialisation inégalitaire, plus subie qu’assumée.

 

Sur plusieurs produits alimentaires stratégiques (lait, céréales, légumes secs,…), l’Algérie demeure encore un importateur net. Pur ces produits, l’importation devient incompressible, ne pouvant subir la loi des licences d’importation instaurées par le gouvernement depuis 2015. Les horizons nationaux que les pouvoirs publics disent réserver à ces créneaux manquent encore d’une volonté politique bien affirmée et d’une cohérence au sein du gouvernement. La politique agricole, malgré tous les soutiens financiers qu’elle a mobilisés en direction des différentes filières et des agriculteurs, a péché par un manque de cohérence et déficit de suivi. Elle a même parfois enrichi les spéculateurs- en dehors et à l’intérieur de l’administration-au lieu des professionnels initialement ciblés.

 

Ce qui s’est passé dans le créneau de l’alimentation de bétail est assez édifiant à ce propos. Depuis des années, les vrais éleveurs des hauts Plateaux en sont arrivés à réclamer la…suppression du soutien à l’orge, et pour cause. Ce sont les gros bonnets, intermédiaires ou fonctionnaires véreux, qui se sucrent sur le dos des vrais éleveurs. Le gouvernement a décidé, dans le cadre de loi de finances 2017, de relever le prix du quintal d’orge, et ce ne sont pas les pasteurs de la steppe qui s’en plaignent, mais des intermédiaires qui ont des tentacules au sein de la haute administration et au sein de certains médias. Le ministre de l’Agriculture, Abdessalem Chelghoum, a déclaré en novembre dernier devant les députés de l’APN: « Nous avons supprimé la subvention de l’orge suite à la demande des éleveurs qui nous disaient que ce soutien ne leur parvenait pas à cause des spéculateurs (…) En tant que responsable politique, j’assume pleinement cette responsabilité ».

Il est calculé que les besoins alimentaires de l’Algérie par jour ont été multipliés par 7,5 depuis 1962, contre un quadruplement de la production alimentaire nationale. De même, le montant des exportations algériennes en produits alimentaires est toujours dérisoire, avec une moyenne de 100 millions de dollars/an, alors que l’Algérie recèle des potentialités énormes, que ce soit sur le plan de l’étendue de son sol que sur le plan du climat, avec une double saisonnalité qui peut aisément concorder avec la saison des besoins en Europe, principalement la période hivernale.

Si le gouvernement a pris la sage décision d’arrêter l’importation des agrumes, afin de limiter la saignée de la devise issue du pétrole et de protéger le produit agricole national, il n’en demeure pas moins que la meilleure protection du produit national, ce sont ses propres qualités (gustatives et nutritives), sa disponibilité en quantité et l’organisation du marché de distribution, outre la prise en charge sérieuse du segment agroalimentaire. Ce dernier est censé valoriser et promouvoir les produits dont le procédé de consommation exige obligatoirement la transformation (exemple des fruits du cognassier) ou dont l’excès de production risque d’être perdu dans la nature, comme cela a été le cas, pendant des années, pour les abricots de M’Sila, N’gaous, Aïn Rich,…etc.

K.L