L’école algérienne a besoin de réformes profondes

L'école algérienne a besoin de réformes profondes

Amar Nait Messaoud

Les nouvelles mesures adoptées au niveau du ministère de l’Éducation concernent les sujets du baccalauréat, qui ne relèveront plus de la compétence de l’Office national des examens et des concours (ONEC). La confection des sujets sera, afin, dit-on, de « lutter contre les fuites des sujets », confiée aux services de l’Inspecteur général du ministère. Cela commencera avec les épreuves du bac 2017. L’autre décision prise par le département de Mme Nouria Benghebrit, est de soumettre à une surveillance accrue la confection des livres parascolaires sur les aspects du contenu et de la méthodologie. On sait que, dans ce créneau juteux, il s’est installé un enchevêtrement d’intérêts (éditeur, auteur, distributeur), impliquant parfois des enseignants, lorsque ces derniers exigent des élèves d’acquérir spécialement un titre pour servir de « soutien » au cours dispensé en classe.

 

Ces mesures s’ajoutent à toutes celles qui sont initiées depuis l’été 2014 dans le sens d’une meilleure maitrise pédagogiques et d’une évaluation rationnelle des acquis cognitifs des élèves. Ainsi, le mouvement de réforme de l’école algérienne avance à petits pas, faisant face à un environnement complexe où se mêlent les préoccupations pédagogiques, les questions d’intendance/logistique et des intérêts idéologiques. Les questions purement matérielles et administratives ont malheureusement pris la part du lion dans tous les semblants de débats qui ont eu lieu jusqu’ici. Cependant, comme on a eu le loisir de le constater pendant deux ans et demi, la vision développée par Mme la ministre en matière de réformes a également ses détracteurs  au sein du milieu de l’enseignement, fortement idéologisé. Les attaques médiatiques  contre la ministre ont pris des proportions graves, particulièrement lorsqu’il s’agit de traiter de ceux que certains idéologiques appellent les « matières d’identité » (langue arabe, éducation religieuse, histoire).

 

Changer de cap en matière de pédagogie

 

Néanmoins, les détracteurs des réformes sont muets devant les défis que la nouvelle conjoncture mondiale et nationale impose à l’école algérienne en matière de performance pratique, se traduisant concrètement par le niveau d’employabilité. La crise économique que vit l’Algérie depuis le début de la chute des revenus pétroliers est là pour montrer la nécessité impérieuse de changer de cap en matière d’enseignement et de formation de la ressource humaine. Le prochain horizon que se fixe le ministère de l’Éducation dans le projet de modernisation de l’école sera une consultation nationale sur l’évaluation pédagogique des acquis des élèves. D’après la ministre, cette consultation sera lancée « très prochainement ». Elle a affirmé la semaine dernière qu’une « bonne évaluation constitue une condition essentielle pour une remédiation pédagogique adéquate ».

 

Elle expliquera qu’il était « inconcevable d’évoquer la remédiation pédagogique, sans une évaluation des acquis des élèves ». Il s’agit de « guider le plus grand nombre d’élèves vers la réussite », ajoutera-t-elle, en posant que cette dernière « se traduit par une image positive à ancrer chez l’élève à travers notamment la consolidation de la confiance en soi ». Le nouveau projet d’évaluation fait partie des grandes réformes pédagogiques et didactiques. Il est censé participer activement à « favoriser l’intelligence pour aller vers ce qu’on appelle l’industrie de la connaissance », selon Benghebrit, qui ajoutera que l’Algérie a pu « réussir le challenge de l’éducation pour tous », et « il s’est engagée dans le cadre de la réforme du système éducatif (…) à améliorer les pratiques pédagogiques à l’intérieur de la classe ».

12 millions de jeunes sur les bancs de l’école

On sait que, au cours de ces dernières années, les examens de fin de cycle (cinquième, brevet d’enseignement moyen et baccalauréat), ont mis le secteur de l’éducation sous les feux de la rampe et sous les feux de la critique la moins indulgente. Malgré les quelques insuffisances et certains moments de tension qui persistent sur le front social et syndical, une forme de « modus vivendi » semble se dégager et se cristalliser autour de l’idée de chercher à faire obtenir à notre système pédagogique les meilleures performances possibles. Autrement dit, l’école algérienne est condamnée à aller de l’avant, à se remettre en cause,  à se mettre à jour et à réussir toutes ces réformes  afin de se mettre au diapason des pré-requis du développement économique et de l’épanouissement social.

Aujourd’hui, le versant le plus critiqué, et le plus critiquable, de l’école algérienne, demeure son peu d’adéquation avec le monde économique. Pourtant, dans la phase que traverse l’Algérie depuis la fin 2014, l’école est sollicitée comme creuset de l’enseignement universitaire et de la formation professionnelle. Ces deux segments sont supposés nourrir en ressources humaines le nouvel outil de production induit par la diversification des activités.

Car, la formation universitaire, qui prépare les cadres de la nation (pour l’administration et la gestion économique et technique), et la formation professionnelle, dont le pays a un immense besoin dans le cadre des chantiers et ateliers de production, tirent leurs effectifs de l’école, avec ses différents paliers. La cause est supposée être entendue pour un pays qui, jusque-là, n’exporte, à 96 %,  que les hydrocarbures. Les élèves, les étudiants et les stagiaires des centres de formation totalisent une population de quelque 12 millions de jeunes, soit près du tiers de la population algérienne, laquelle dépasse aujourd’hui plus de 41 millions d’habitants.

Les résultats s’étalent sur plusieurs années

Les grandes et complexes interrogations émanant des parents, des diplômés de l’université, des centres de recherches, des bureaux d’études et, par la suite, des pouvoirs publics, n’ont commencé à revêtir un caractère d’urgence, voire de détresse, que lorsque le chômage a pris en otage des centaines de milliers d’universitaires, débouchant sur la violence sociale et autres fléaux qui continuent à prendre la société en otage. Cette même société, même d’une façon confuse, a commencé à prendre conscience de la nécessité d’une école performante. Les cours de soutien, aussi condamnable que soit leur procédé et aussi déplorables que soient les conditions de leur déroulement, est un des signes de l’intérêt que portent les parents à la formation de leurs enfants.

L’horizon fixé pour la performance pédagogique et le rehaussement du niveau scolaire, est censé ouvrir d’autres chantiers à même de pérenniser l’esprit des réformes engagées dans le secteur. On sait que, dans ce domaine précis, les résultats ne sont pas obtenus tout de suite, mais sont attendus dans plusieurs années. La ministre de l’Éducation dira a affirmé e janvier dernier que «  »les résultats de ces réformes apparaîtront lorsque les élèves actuels du primaire arriveront au terme du palier moyen« .

A.N.M