Jusqu’à quand on continuera à guetter le cours du baril ?

Jusqu'à quand on continuera à guetter le cours du baril ?

Khider Larbaoui

Le ministre du Commerce par intérim, Abdelmadjid Tebboune, a donné une représentation bien imagée de l’illusion nourrie par la rente pétrolière, en comparant l’intérêt accordé au prix du baril du pétrole à cette fièvre de la nuit du doute où est guetté le croissant lunaire du Ramadhan ou de l’Aïd. C’était au cours d’un entretien accordé jeudi dernier à la Radio chaîne 3. Autrement dit, il appelle à ne plus compter sur les revenus pétroliers pour redresser l’économie algérienne. Néanmoins, hormis la figure de style, le discours entendu ressemble à tous les autres discours débités par les officiels depuis des années, y compris lorsque régnait l’aisance financière, où rien ne pouvait contraindre les responsables et les gestionnaires de l’économie nationale à un minimum d’inventivité et d’esprit d’initiative.
 
Cependant, la conjoncture actuelle semble perdre son « statut » de conjoncture pour s’inscrire dans une espèce de chronicité qui montre les faiblesses rédhibitoires l’économie nationale. C’est don à une crise structurelle que l’on a affaire, impliquant aussi bien le volet économique que les volets politique, social et culturel. En d’autres termes, c’est la gouvernance générale du pays- telle qu’elle a été bâtie sur la rente pétrolière, le clientélisme, l’autoritarisme et la centralisation excessive du processus de prise de décision- qui ne cesse de montrer ses limites objectives
 
L’Algérie n’a pas tiré de leçons particulières de la crise des revenus pétroliers de 1986, ni même, plus proche de nous, de la chute des prix de l’or noir de 2008/2009, ni à fortiori de la crise financière mondiale qui a commencé en 2007 et dont certaines séquelles sont encore visibles en Europe et en Amérique. Après toutes ces séquences, où se mêlent la crise du capitalisme mondial et l’esprit de sous-développement qui a pris en otage un certain nombre des pays du Sud, y compris les grands producteurs pétroliers, l’on continue à reluquer inlassablement du côté du baril et des oscillations de son graphe sur les marchés de Londres et de New York. C’est dire que l’espoir n’est pas perdu de renouer avec l’euphorie du gaspillage, l’entretien des clientèles et l’atonie des secteurs économiques autres que les hydrocarbures.
 
L’on ne peut que remettre sur la table la question- une lourde interrogation, même- qui a été posée, en mars 2007, par un journaliste du quotidien espagnol El Pais au président Bouteflika au sujet des réformes économiques qui avaient tardé à se faire. « Grâce aux revenus des hydrocarbures, l’État algérien n’a jamais été aussi riche de son histoire. Vous avez mis en route des projets de développement, la création de grandes infrastructures, des logements sociaux, etc. Mais on a un peu l’impression que l’âge d’or que vous traversez vous incite à ajourner les réformes économiques. Est-ce vrai ? », interroge le journaliste. Le président: « Absolument pas. Le processus de réforme se poursuit. Il y va de l’intérêt du pays, car nous savons que la richesse pétrolière n’est pas éternelle. Il faut donc préparer l’après-pétrole ». Et on sait que l’après-pétrole n’est pas nécessairement la fin des réserves géologiques, mais c’est aussi tous les aléas et les grandes incertitudes du marché pétrolier liés à la géostratégie mondiale, à l’exploitation des gaz et pétroles de schistes en Amérique et ailleurs et à l’accélération de l’accès aux énergies propres et renouvelables (le solaire, l’éolien,…).
K.L

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