Ethique politique ou éthique de la représentation ?

Des élections ça sert à quoi ?

Si on veut donner des leçons d’éthique, encore faut-il être soi-même fidèle à une éthique. Lorsqu’on sait que celui qui ne voulait pas être un « trois-quarts de président » n’arrête pas de triturer une Constitution qui limitait les mandats à deux pour se maintenir au pouvoir, on n’a pas le droit de s’ériger en donneur de leçon d’éthique.

Par ailleurs, évoquer l’éthique professionnelle s’agissant de la presse, c’est insulter l’intelligence quand on voit comment fonctionne l’ENTV mise au service d’une seule personne. Un peu de dignité ne fait pas de mal à la gouvernance !

La violence verbale des dirigeants actuels montre le bas niveau des pseudos hommes politiques qui gouvernent. Leur langage belliqueux exprime le degré d’amour qu’ils portent au pays. On peut en juger face à la pathétique mobilisation du pouvoir contre l’opposition. On aura tout vu : un pouvoir arbitraire qui se mobilise contre l’opposition et contre la presse indépendante, celle qui informe sur ses turpitudes.

Un pseudo-ministre de la communication qui passe plus de temps à ferrailler contre les journalistes qu’à défendre la liberté d’expression, répétant, au fil des jours, une chose et son contraire, et se fourvoyant dans l’histoire : les derniers historiques de la guerre de libération sont connus et figurent dans les manuels d’histoire, monsieur le ministre ! Il n’y a pas lieu d’usurper une place fictive. L’histoire, ce n’est pas une affaire de pub !

D’un autre côté, ce que le RND appelle les « orientations » du président, deviennent menaces et invectives lorsque l’on qualifie de « pseudos-hommes politiques » des opposants légitimés par la Constitution et l’Etat !

Dénoncer des « comportements irresponsables », c’est remettre en cause l’exercice démocratique de ce que l’on appelle normalement le « jeu » politique ; sauf à croire qu’on est seul unique détenteur de vérité, ce qui échoit, quand on est croyant, à l’instance divine. Mais nous ne sommes pas une monarchie de droit divin. Quant à parler de « l’approche de la terre brûlée », c’est carrément vouloir mettre le feu aux poudres et traiter ses concitoyens, et non pas ses sujets, de cinquième colonne. Grave pour un peuple qui a payé chèrement sa libération ! Sa liberté, il ne l’a pas encore trouvée.

Faire le bilan d’une gestion n’est pas en soi un acte de félonie. Qu’elle soit jugée catastrophique par les uns ou exemplaire par les autres exige tout simplement qu’on ouvre le débat à ce sujet dans l’intérêt exclusif de la nation. Il n’y rien d’insolent à cela, sauf à croire que tout ce que l’on a touché est par définition béni !

Que l’opposition cherche à conquérir le pouvoir; elle est dans son rôle, et a le droit de l’exprimer pacifiquement, mais un président n’est pas élu pour la menacer, encore moins pour tancer vertement le peuple qui l’a élu. Légitimement ou pas, cela est une autre affaire. La responsabilité de la gestion des affaires publiques n’est pas synonyme d’irresponsabilité, encore moins de refus de rendre des comptes. Rien n’interdit de rendre compte et de débattre d’un bilan.

Que vaudraient des institutions qui n’inscriraient pas leur fonctionnement au registre de l’accountability ? A moins qu’elles ne soient que des coquilles vides. Un Etat ne tient que par la solidité de ses institutions, les hommes sont de passage et un Etat ne saurait être incarné par un individu. On ne peut pas confondre l’Etat et la fonction présidentielle. Sinon, l’autorité devient autoritarisme, le respect, soumission, le travail, inutile. Une Constitution ne saurait être taillée sur mesure à chaque mandature. Ce n’est ni un costume prêt-à-porter, ni une robe de mariée retouchée à chaque noce selon les circonstances du festin !

Quand on arrive à modifier le discours publié d’un président, c’est qu’il y a de lourdes incompétences dans l’exercice du pouvoir au sommet. A ce niveau de décision, c’est le signe d’une grave défaillance. Comment alors gouverner dans un maelström d’incompétences ? Comment gouverner l’incompétence ? Le travail bien fait est le premier garant de l’autorité. Et la gouvernance éclairée exige une autre forme d’éthique : l’éthique de la sagesse. Dans l’univers démocratique, cela s’appelle l’éthique de la représentation !

O.B.

Texte paru le 26 mars 2015