« Algérie – France » OU EN SOMMES NOUS ?

« Algérie - France » OU EN SOMMES NOUS ?

Chaabane Noureddine

(Dernière PARTIE)

Cependant, dans le cas de la France, le processus est réfléchi en termes de phénomène. En  effet, la France  a participé à la création de ce phénomène puisqu’au départ, en 1830 c’était déjà une croisade qui était entreprise contre l’Algérie. La religion était encore au pouvoir, le Christianisme, au premier rang des valeurs défendues; tous les traités européens commençaient par la mention « au nom du Dieu tout puissant ». De plus, la Sainte Alliance était garante du statu quo à l’échelle européenne, et ce jusqu’en 1918.

Dès lors, il était tout à fait évident que le mouvement religieux musulman observe et  commente en vue de la prise de conscience. N’oublions pas que dans les esprits avisés, le scandale d’Espagne et la reconquête chrétienne de l’Espagne arabe, donc musulmane était un pan instructif de l’évolution du monde.

Après 1830 il est  vrai qu’il n’y eut pas de guerre déclarée à la religion musulmane, mais bien une conquête par la propagation de la religion catholique. Et c’est vrai qu’à ce moment-là, le niveau culturel des peuples de nombreux pays avait atteint un niveau s’était élevé et, particulièrement, l’éducation civique.

Très instructive fut la période s’étalant sur des siècles, au cours de laquelle notre région maghrébine était une terre de paix sur laquelle coexistaient dans la meilleure entente et le plus grand enrichissement mutuel toutes les religions.  Alors, ne régnait ni dévaluation, ni régression ni médiocrité. Quel que soient les problèmes qui sont nés sur cette terre, ils apparaissent comme bien petits, à côté de l’exemple que nous ont légué les ancêtres. Les religions, au Maghreb, n’ont jamais suscité de guerre. Aujourd’hui par contre, la réalité est pire puisque même les membres d’une même religion s’entretuent au nom de ladite religion.

Il y a de quoi se relire, braves gens -et c’est ce qu’ont fait toutes les personnes liées à l’Algérie par la terre, par le sang ou par les racines, ou encore par les sentiments.

Cette lecture nouvelle a été réfléchie par les nouvelles générations d’après-guerre d’Algérie. Les sciences et le savoir informatique aident la réflexion à être poussée jusqu’à la mise au point d’un projet et de plans de travail. Le projet a été planifié et le programme d’action déjà mis en application. Le but en étant d’amener au plus tard en 2050 à l’évacuation de ce que sera alors la communauté des émigrés et des binationaux vers leur nouvelle aventure. Leur nouvelle Californie sera le Sahara algérien.

La France possède aujourd’hui une armée de binationaux et d’émigrés, ce qui lui donne un avantage sur les autres pays européens vis-à-vis du Maghreb: il n’est ni moins ni plus que le terrain de chasse gardée de la France.

Eloquent est le droit d’ingérence qui prend la suite du droit de regard par rapport aux dispositions auxquelles se prépare déjà une certaine mouvance de la France nationaliste.

L’indépendance de l’Algérie dans son interdépendance avec la France telle qu’imaginée par  les négociateurs des accords d’Evian laisse bien apparaitre, que la guerre d’Algérie était finie en termes d’action de guerre et qu’elle allait devenir une lutte politique dans laquelle chacun allait continuer à défendre sa thèse.

En prononçant la phrase: «  nous reparlerons de l’Algérie plus tard », c’est comme si le Général De Gaulle, en bon Gaulois qu’il était « promettait » une revanche. Ses partisans réflecteurs d’opinions, nostalgiques de l’Algérie Française, ont vendu la mèche : « l’Algérie sera à genoux dans les années à venir et ils ferons tout pour l’y emmener ou du moins ils ne ferons rien pour empêcher les défections. Ils iront jusqu’à aider tous les vautours, escrocs et les détrousseurs de cadavres, qui, tous, participeront à l’affaiblissement de cette Algérie dont nous avons hérité ».

Il y a suffisamment de Français plus royalistes que le roi, qui envisage sérieusement la possibilité de reprendre l’Algérie comme si celle-ci était sans capacités à se défendre. Oui les Français d’origine Algérienne peuvent être manipulés et retournés contre l’Algérie dès que la surveillance de celle-ci se relâchera ou qu’il y aura des problèmes qu’ils se presseront d’aggraver. En oubliant que l’Algérie ne se laissera pas faire, et que tous ses enfants, où qu’ils soient, se battront alors par nécessité de légitime défense. Et beaucoup parmi eux reprendront le Djihad en véritable kamikaze, symboles du martyr.

Les dirigeants de la France ont le devoir de défendre les français dans l’ordre des valeurs de la France séculaire, et nous savons tous que le Français musulman, dès qu’il manifeste une revendication, même sociale, celle-ci est rattacher à une soit disant revendication religieuse, et les auteurs deviennent automatiquement suspect et, dans bien des cas, les Français de souche, préfèrent le Français athée au Français musulman.

Les grands problèmes qui accaparent l’intelligentsia française ne lui ont pas laissé le temps d’appréhender et comprendre la complexité de l’Algérien, du Berbère, de l’Arabe, et du Musulman, autrement que par l’appellation ridicule de « bougnoule » (l’enturbanné). On ne le voit qu’en burnous, trainant son bourriquot pour aller à la Mecque. C’est plus facile ainsi et on gagne du temps: on n’accorde pas d’importance à ce qui n’en a pas ; ce fut le cas des Français en Algérie qui, pendant 130 ans, n’ont rien compris aux Algériens. Au cours de cette même période les Algériens, eux, ont très bien à connaitre le Français, dans sa culture et sa langue.

Mais durant ces mêmes 130 ans, les français ne pensaient qu’à compter les sous, en faisant suer l’Arabe sous son burnous. Ils ont omis de comprendre le bicot, l’indigène,  si bien que lorsque celui-ci a décidé de frapper, le Français, surpris, déclara que c’était une traîtrise, une lâcheté… Nous leur voulions tellement de bien, ce n’est pas possible qu’ils puissent nous haïr au point de vouloir nous enlever le pays, dirent-ils alors.

Les français de souche, depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, n’ont pas fait plus d’efforts pour mieux comprendre leur riverain. D’ailleurs, pour l’effort, ils n’avaient pas à le faire puisque des exemples de ces riverains sont là, en France, apprenant sur le tas, apprenant en tuant le temps dans les métros et les gares, apprenant en les écoutant dans les bars.

Le phénomène des étrangers qui envahissent la France est là, à l’écran de télévision et dans les journaux ; des hommes se saisissent du thème, il y’a des partis politiques qui l’utilisent, la peur qui se développe est entretenue. On prépare ainsi les esprits au nouvel ordre économique, qui consiste -notamment- à faire libérer la France du cerceau qui l’étrangle, de l’abcès qui la ronge et des étrangers qui la mélange.

Se peut-il que l’Algérien qui a servi la France durant la  guerre d’Algérie et qui a, au risque de sa vie, combattu contre son propre frère pour lui imposer la loi française, alors qu’il n’en était pas un. Jusqu’à croire aujourd’hui qu’il est devenu « Français » par la force des choses.

Mais la force des choses françaises n’a aucun impact sur cet homme: c’est un étranger. L’impact ne prendra que sur ses enfants et encore entre 25% à 50% seulement. Car chez les Maghrébins, on peut changer de nationalité, c’est seulement une « utilité pratique » mais changer sa religion c’est se renier c’est cela la traîtrise; et cela n’est pas acceptable pour le Maghrébin : c’est dans la religion musulmane que disparait la notion de nationalité. Et c’est là seulement que l’on se rachète si l’on s’est retourné. L’essentiel était de se retrouver avec Dieu, dans l’Islam. Tel est le message, qui circule en abrégé, et que se transmettent la plus part des esprits égarés, des déracinés, qui sont des Français musulmans qui continuent à se sentir seulement émigrés, malgré plus d’un quart de siècle de vie en France.

Il y a donc là des faits qui poussent à questionnement, et toute réponse n’est une réponse que si elle répond aux questionnements de ceux qui se questionnent, de ceux qui ne comprennent pas, de ceux qui ont peur, car ils ne savent plus ce qu’il faut savoir pour être à l’abri de nouveaux conflits qui risquent de déranger la paix civile, et exposer les forces de l’ordre aux semeurs de trouble.

C’est ainsi que le gouvernement de France se trouve aujourd’hui plus que jamais pris dans le même engrenage que celui des Algériens. La question sécuritaire est une priorité que ne peut occulter aucun pouvoir européen. Car le phénomène islamiste s’est développé, et dans sa composante humaine, plusieurs regroupements de tendance criminelle, abritaient l’instinct séculaire des haschischins. (Assassins) dont la terreur est devenue une stratégie logistique. Toute société fabriquant ses bons, ces brutes et ses truands, nous assistons à l’ouverture de nouveau champs de bataille «  les pays Européens ».

Les haschischins sont entrés dans Alger, et en voilà d’autres qui entrent dans Paris, la Belgique et ailleurs en Europe, il faut  le dire, et le répéter sans cesse, afin que la démocratie garde toute sa raison.

En effet la fourmilière intégriste s’active en Europe et nous ne voyons pas ces longues files d’hommes-loups allant et venant dans tous les sens pour faire entendre leurs messages. La voix portant la parole d’un soi-disant sacre, paraissait naturelle et morale jusqu’à faire entrer les Français dans des querelles byzantines : le foulard, les mosquées, la barbe, le hidjab, les quêtes et autres détails, devenus l’expression culturelle de la plupart des Français musulmans, et de presque tous les émigrés. Dans tous les cas, ils ont fait entrer les Français dans leurs jeux, et les médias avides de sensation ne pensent qu’à l’événement, au scoop, et à étonner en s’inspirant des Américains mais avec la touche française.

Ce qui a été défini comme étant la mouvance intégriste en opposition à son contraire, est juste ; mais celle-ci reste une mouvance par laquelle il y’a toujours un passage à toutes les autres tendances ; ce passage se fait soit au début, soit au milieu soit à la fin. C’est pourquoi le mouvement violent  de certaines personnes est de nature de délinquance. Mais ce mouvement s’exprimant au moment et pour la cause religieuse telle que pensée et acceptée par l’adepte dela violence, pour convaincre et non pas pour vaincre.

Nous constatons que plus de la moitié des délinquants emprisonnés dans les pays Européens, sont d’origine Maghrébine. Il faudrait avoir à l’esprit qu’il y a, là aussi, une lecture à ne pas négliger. Le délinquant emprisonné trouve dans la mouvance islamiste une couverture pour cacher son acte honteux, et en faire une action de « Djihad » contre le système, et par ce moyen, à long terme, c’est le régime politique qui sera démantelé par ces criminels. C’est aussi, pour cela que, dans les prisons, les islamistes recrutent très facilement parmi les truands.

« Dieu n’a pas besoin d’exemple qui console mais d’exemple qui gagne » ; tel est le dicton appliqué qui change d’interprétation selon que l’on soit en état de sagesse ou en état de violence ; selon que l’on est dans l’offensive ou dans la défensive.

Considérant maintenant que la révolution algérienne est aimée et admirée par les nouvelles générations de Musulmans, ceux-ci veulent continuer le djihad que l’Algérie a mené pour le recouvrement de son indépendance. Imaginons qu’il  y ait des gourous qui se servent du mal que la guerre du maintien colonial engendre au sein du peuple algérien. Il y a dans la guerre d’Algérie de quoi allumer des milliers de jeunes djihadistes rien qu’avec la haine de l’Algérie Coloniale.

Cela dit, toute action étrangère contre l’Algérie, soulèvera les réseaux dormant qui n’attendent que le déclencheur du levier de la vengeance. Si l’Algérie est touchée par une quelconque force étrangère, c’est le djihad sur la moitié de la planète qui s’allumera. Et les pays Européens n’ont que faire d’un incendie pareil, alors qu’ils tentent d’éteindre les feux qui s’allument çà et là.

La haine est tonique, elle entretient la vengeance. Le premier argument du fléau des haschischins criminels, est que, quel que fut le bien que la colonisation a pu procurer, le mal qu’elle a engendré a dépassé ce bien.

  • La cause des fratricides en Afrique c’est les frontières. Qui a fait ces découpages ? La colonisation.
  • Qui a pris les richesses de ces pays ? Les colonisateurs.
  • Qui a pris ces femmes, hommes et enfants comme esclaves, hommes de peines et bonne à tout faire ?
  • N’auraient-ils pas mieux valu laisser ces peuples vivre et évoluer comme ils l’entendaient ?
  • Ne trouvez-vous pas les us et coutumes des ex-colonies, d’un niveau de civilisation élevé, puisque répondant aux besoins de leurs peuples ?
  • Qui a demandé à être sauvé d’un soi-disant danger ?
  • Qui a appelé au secours ?
  • Qui à demander à ce que des pays étrangers viennent le civiliser ?

Tout cela, et bien d’autres choses encore, alimentent chez le Français musulman à tendance intégriste, la haine du Roumi, la haine du Chrétien. Il sera bien incrédule celui ou celle qui ne verrait pas d’utilité à ce que les pays colonisateurs reconnaissent les torts qu’ils ont fait aux peuples des anciennes colonies.

Et puisqu’il s’agit ici de l’Algérie, la reconnaissance par la France du mal qu’a fait la guerre d’Algérie et les excuses qu’elle ferait au peuple algérien serviront à elles seuls à fermer le livre de la guerre d’Algérie, et permettraient aux démocrates Algériens et Français de toutes confessions de dire aux détracteurs, aux adeptes du Djihad terroriste, aux prosélytes de la vengeance : l’affaire entre l’Algérie et la France est réglée ; on n’en parle plus. La France a reconnu ces torts. Elle a demandé pardon, et nous avons pardonné.

Nous sommes tous des pécheurs, les meilleurs parmi nous sont les repentis.

Enfin j’ajouterais que les Algériens modernistes et cultivés, n’ont que faire d’excuse ou de demande de pardon si ce n’est pour pouvoir affronter les incultes, les fanatiques, et leur dire : vous n’avez pas le droit d’entretenir la haine et la vengeance entre l’Algérie et la France ; celle-ci a demandé pardon au peuple algérien pour les torts qu’il a subis.

La repentance de la France sera un acte de civilisation d’un haut niveau d’exemple pour le monde entier, et justifiera que la France continue à être le pays des droits de l’homme, et alors, seulement alors, chez les Musulmans, le sentiment d’être Français prendra toute son ampleur, les esprits s’apaiseront et les sentiments reprendront leur places dans les cœurs. Les mots « liberté, égalité, fraternité » reprendront leurs sens. Les Français musulmans toutes classes confondus reprendront confiance en la France et se sentiront Français.

Enfin rappelons-nous, que les orphelins de guerre, sont des enfants qui croient, que leurs parents ont bien fait de faire la guerre, si bien qu’ils continuent à y jouer jusqu’à maturité ; et si entre temps et pendant qu’ils jouent, se produit la guerre, ils n’auront aucun effort à aller la faire. Ils iront y jouer pour de vrai ; c’est cela le tréfonds du méditerranéen lorsqu’il a versé le sang des siens pour sa terre et dans un camp ou dans l’autre, il a conscience d’avoir été un élément actif de la configuration de cette région du monde. Cette nature emportée et vivant presque en léthargie, tend à l’effervescence, et l’exemple des enfants Palestiniens qui font la guerre des boutons pour de vrai, ont fait tomber bien des pantalons qu’aucune ceinture n’a pu retenir. Et si bien que les enfants que nous devions voir  jouer et rire, nous les voyons tomber et mourir pour de vrai, et après, leurs larmes de jeux, ce sont des larmes de sang qu’ils versent pour nous dire qu’avec les enfants de la guerre, il faut savoir jouer à tout sauf à ce qui fait pleurer les amis et les parents.

Telle est la vérité Messieurs – Dames, la pierre a été la première à exister sur terre ; nous resterons pour elle d’éternels invités.

Après la fin de la guerre d’Algérie, il y eut en France, les émigrés qui ont suivi. Un quart de siècle plus tard, ils sont devenus, les Français musulmans, les binationaux. C’est la communauté d’Algérie rejointe par les autres maghrébins.

Durant 130 ans d’occupation, la France n’a rien compris aux Algériens, jusqu’au jour où ils lui ont sauté au cou. Il est temps qu’elle prenne en charge les pistes de réflexions ici présentes.

C.N