Agriculture: Seuls 15 % de la SAU sont irrigués

Agriculture: Seuls 15 % de la SAU sont irrigués

Khider Larbaoui

Le sujet de l’agriculture conduite en irrigué réapparaît au sein de l’administration et occupe les pages de journaux à chaque fois que le ciel commence à faire preuve de parcimonie en matière de précipitations, comme c’est le cas depuis quelques semaines. Si les pluies et la neige qui sont tombées en janvier dernier ont contribué au relèvement du niveau des barrages hydrauliques et du niveau piézométrique des nappes souterraines, elles n’ont que très peu servi pour la croissance des végétaux, du fait des basses températures enregistrées en ce moment-là. Autrement dit, les agriculteurs algériens attendent ces jours-ci avec impatience une  éventuelle générosité du ciel qui mettrait fin au stress des cultures emblavées, à commencer par les céréales, qui sont irriguées, à plus de 90 % par les seules précipitations.

 

Ces derniers jours, ce sont les cultivateurs de la pomme de terre de la wilaya de Aïn Defla, principalement dans la région de Djelida, qui ont publiquement fait montre de leurs inquiétude face au déficit hydrique de leur culture, et ce, en sollicitant les ministres de l’Agriculture et des Ressources en eau pour leur permettre d’utiliser l’eau du barrage hydraulique de la région, tout en promettant de payer la facture de consommation à l’office gérant le périmètre d’irrigation.

 

Visiblement, la conduite des différentes cultures souffre des aléas climatiques, lesquels, principalement depuis quelques années, ont affecté la répartition calendaire des précipitations. De façon presque cyclique, la période de reprise végétative et de croissance des plantes, correspondant à l’intervalle mars-mai, se voit privée de précipitations. Ce qui impacte négativement les rendements agricoles.

 

Avec l’effort de mobilisation des eaux de surface, à travers la construction de plusieurs barrages, il est attendu que la politique agricole suive cette avancée et profite de manière intelligente des disponibilités hydriques. Mais, jusqu’à présent, la superficie des périmètres irrigués existants ne dépasse guère 1.260.000 hectares à l’échelle du pays, correspondant à15 % de la surface agricole utile du pays. Depuis plus de quatre ans, l’on parle, au niveau du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, d’une ambition d’étendre cette superficie à 1,6 millions d’hectares, à court terme et à 2 millions d’hectares d’ici 2020. Une étude effectuée par le Bureau national des études en développement rural (BNEDER) a même montré que l’Algérie recèle des possibilités d’extension qui peuvent aller jusqu’à 2,2 millions d’hectares. Ce potentiel d’extension est directement lié aux  investissements consentis depuis le début des années 2 000 dans la mobilisation des eaux de surface à travers les barrages hydrauliques et aux dispositifs de transfert inter-régions.

 

L’agriculture quasi exclusivement pluviale, telle qu’elle était menée jusqu’à la fin des années 1990, a montré ses limites face aux exigences de la sécurité alimentaire de plus de 40 millions de consommateurs. La première phase du processus visant à faire sortir l’activité agricole de la dépendance excessive par rapport au volume et à la répartition des pluies- trop aléatoires sous le climat méditerranéen- a été une opération initiée par le ministère de l’Agriculture sous le nom de  »reconversion des systèmes de culture » et consistant à remplacer progressivement les emblavures en céréales par la plantation d’arbres rustiques, peu exigeants en eau (olivier, amandier, figuier,…).

 

Cette tendance a été poursuivie, particulièrement avec les grands programmes de plantations oléicoles qui ont donné une envergure inédite à l’olivier, au-delà même de son aire écologique classique, investissant les Hauts Plateaux et quelques régions du Sud, comme la wilaya d’El Oued. Parallèlement à cet engouement vers l’arboriculture, soutenue financièrement par l’Etat, de nouveaux périmètres irrigués ont été conçus à la périphérie des barrages hydrauliques construits au cours de la dernière décennie.

 

Afin que ces potentialités puissent s’inscrire dans la durée et acquièrent une efficience, les experts recommandent une utilisation rationnelle de l’eau. D’où, la notion des systèmes d’irrigations économes en eau. Le directeur de l’hydraulique agricole au ministère des Ressources en eau, Omar Bougueroua, a affirmé samedi dernier que « les surfaces agricoles irriguées par des systèmes économes en eau ont connu une nette évolution en 2016, passant à 600.000 hectares contre 90.000 hectares en 1999 ». Il expliquera que cette superficie représente près de la moitié de la surface globale irriguée, laquelle est évaluée à 1.260.000 ha, en ajoutant que « l’économie de près du tiers du volume global de l’eau mobilisée grâce à l’utilisation de nouvelles techniques d’irrigation permettra d’épargner une quantité supplémentaire de près de 2 milliards de mètres cubes pouvant être utilisée dans l’irrigation de 200.000 à 300.000 hectares de sols agricoles supplémentaires jusqu’en 2020 ».

 

L’impérative nécessité d’aller vers une utilisation rationnelle de l’eau d’irrigation, et ce, par le moyen de la modernisation des équipements techniques, l’introduction des méthodes modernes portées sur l’économie de l’eau et le renforcement de l’option du système d’irrigation collectif, requiert un travail de sensibilisation et de vulgarisation que comptent mener de concert les deux département ministériels directement concernés par cette activité, à savoir le ministère des Ressources en eau et le ministère de l’Agriculture.

K.L